La vie devant soi de Romain Gary

Editions Folio  Paru en 03/1982 274 pages  7,20 €

Editions Folio
Paru en 03/1982
274 pages
7,20 €

Intrigue 

Signé Ajar, ce roman reçut le prix Goncourt en 1975.
Histoire d’amour d’un petit garçon arabe pour une très vieille femme juive : Momo se débat contre les six étages que Madame Rosa ne veut plus monter et contre la vie parce que « ça ne pardonne pas » et parce qu’il n’est « pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur ». Le petit garçon l’aidera à se cacher dans son « trou juif », elle n’ira pas mourir à l’hôpital et pourra ainsi bénéficier du droit sacré « des peuples à disposer d’eux-mêmes » qui n’est pas respecté par l’Ordre des médecins. Il lui tiendra compagnie jusqu’à ce qu’elle meure et même au-delà de la mort.

Mon avis

Dès les premières lignes, l’écriture enfantine m’a sautée aux yeux :

« La première chose que je peux vous dire c’est qu’on habitait au sixième à pied et que pour Madame Rosa, avec tous ces kilos qu’elle portait sur elle et seulement deux jambes, c’était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines.  Elle nous le rappelait chaque fois qu’elle ne se plaignait pas d’autre part, car elle était également juive. Sa santé n’était pas bonne non plus et je peux vous dire aussi dès le départ que c’était une femme qui aurait mérité un ascenseur. »

On rentre dans le livre dès le premier mot prononcé par Momo, on s’attache à lui directement, sans même s’en rendre compte. On découvre toute la naïveté d’un enfant qui évolue dans un monde atroce, on découvre avec lui toutes les émotions, les sensations les plus difficiles que l’on peut ressentir au cours d’une vie, le manque d’amour ou d’attention, la peur, la solitude, l’absence de parents, l’absence d’histoire.. Malgré tout Momo avance, faisant des choix bien trop raisonnés pour son âge, ce petit garçon qui a tout compris de la vie est malheureusement incompris des adultes.

J’ai aimé la totalité des personnages, tous avec une psychologie bien définie, tous plus beaux les uns que les autres.

Romain Gary réussi une main de maître, à nous captiver dans un récit, qui certes ne comporte pas beaucoup  » d’actions  » ( ce qui a pu déplaire à certains d’ailleurs ) mais dans un récit fait pour toucher, pour émouvoir mais surtout pour faire réfléchir.

Il aborde des sujets comme Le vieillissement, la solitude, la mixité sociale, la pauvreté, la prostitution, la drogue, l’euthanasie, mais sans pour autant déprimer le lecteur, étant donné qu’il nous en parle sous le point de vue de Momo.

Au départ j’ai pensé que le livre avait des similitudes avec  » Ibrahim et les fleurs du Coran de E-E Schmitt  » ou  » Oscar et la dame rose de E-E Schmitt « , mais pourtant plus j’y réfléchi plus je me dis que « Une vie devant soi  » est un roman incomparable, un vrai bijoux qui mérite bien son prix Goncourt, et qui restera toujours d’actualité de part les sujets abordés.

En bref c’est un livre magique, qui m’a fait rire mais aussi pleurer, de loin un de mes préférés.

Quelques citations

«C’est toujours dans les yeux que les gens sont les plus tristes.»
«Mais je tiens pas tellement à être heureux, je préfère encore la vie. Le bonheur, c’est une belle ordure et une peau de vache et il faudrait lui apprendre à vivre. On est pas du même bord, lui et moi, et j’ai rien à en foutre. J’ai encore jamais fait de politique parce que ça profite toujours à quelqu’un, mais le bonheur, il devrait y avoir des lois pour l’empêcher de faire le salaud. Je dis seulement comme je le pense et j’ai peut-être tort, mais c’est pas moi qui irais me piquer pour être heureux.»
«Il m’a expliqué en souriant que rien n’est blanc ou noir et que le blanc, c’est souvent le noir qui se cache et le noir, c’est parfois le blanc qui s’est fait avoir.»
«Mais il faut la comprendre, car la vie était tout ce qui lui restait. Les gens tiennent à la vie plus qu’à n’importe quoi, c’est même marrant quand on pense à toutes les belles choses qu’il y a dans le monde.»
«(…) moi la vie je vais pas lui lécher le cul pour être heureux. Moi la vie je veux pas lui faire une beauté, je l’emmerde. On a rien l’un pour l’autre.»
« Il ne faut pas pleurer, mon petit, c’est naturel que les vieux meurent. Tu as toute la vie devant toi. »

Coup de coeur

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